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No Time to Die


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No Time to Die, 25ème opus de la franchise James Bond (pour le canon EON) devait sortir le 8 novembre et Daniel Craig y incarnera le rôle-titre pour la dernière fois. Ce fil est l’occasion de retracer l’évolution de la franchise et de s’interroger sur ce que peut proposer l’opus à venir.

L’ère Daniel Craig, initiée avec Casino Royale, enclenchera plusieurs évolutions et développements à commencer par l’abandon du format sériel qu’avait adopté la franchise jusqu’alors. En effet, à quelques exceptions près les épisodes précédents sont indépendants les uns des autres, reprenant ponctuellement des personnages ou établissant une chronologie rudimentaire. Casino Royale, qui fait office de genèse du personnage, insuffle à la franchise la notion d’arc narratif qui sera développée dans Skyfall et Spectre. Une évolution nécessaire, les films précédents ayant épuisé le potentiel d’un personnage qui n’était alors qu’un archétype évoluant par le changement de son interprète. À noter que Spectre essaiera d’appuyer l’idée d’une chronologie en introduisant a posteriori le fait que son antagoniste, Blofeld suivait Bond depuis leur rencontre. Les motivations des antagonistes de la série ont depuis l’origine versé dans le caricatural, même si un effort était fait depuis Pierce Brosnan pour s’adapter à notre époque en délaissant peu à peu les références à la Guerre Froide.
Il restait à la franchise l’épineux problème de moderniser ses ingrédients iconiques tout en ne rompant pas avec ce qui a fait son succès. Qu’il s’agisse des gadgets, du côté séducteur de Bond et ses femmes fatales, ou ses antagonistes quelque peu caricaturaux. Des aspects intrinsèquement très ancrés dans leur époque. Cette question est abordée en sous-texte dans Skyfall et Spectre, où le MI6 y est dépeint comme une entité archaïque, en équilibre chancelant que ses antagonistes peuvent à tout moment renverser. Je ne peux m’empêcher d’y voir un rapprochement entre le MI6, la franchise Bond donc, et le discours de certains personnages la pointant du doigt comme devant nécessairement évoluer ou disparaître. En cela, la formule évolue sensiblement, puisque les antagonistes de Bond deviennent une menace pour lui et le MI6. Et s’ils en triomphent, la victoire n’est pas sans conséquence (mort de M, destruction du siège historique du MI6, par exemple). À bien y regarder, l’ère Craig a vu le personnage de Bond tirer davantage vers l’anti-héro en insistant sur ses défauts (alcoolisme, désinvolture et nature incontrôlable). Un aspect qui avait été esquissé avec Timothy Dalton et que les films suivants délaisseront. Les gadgets évoluent également pour être réduits autant que possible, peut-être pour accentuer le côté humain de Bond et mieux l’ancrer dans le réel.

Peut-on encore faire un Bond après #MeToo, et l’émergence des Mary Sue, où le personnage titre met dans son lit la femme fatale dans le seul but de faire avancer sa mission quitte à causer la perte de ladite femme ? L’ère Craig est probablement celle où les protagonistes féminins auront le plus gros impact. Qu’il s’agisse de Vesper, dépeinte comme la première femme dont Bond tombera amoureux et dont la trahison lui laissera une certaine amertume, ou de Madeleine pour qui il était également prêt à changer. Il apparaît donc logique que No Time to Die poursuive dans cette direction en développant Madeleine et/ou en introduisant à nouveau un personnage féminin important. Faut-il s’attendre à quelques séquences où Bond serait tourné en dérision pour sa masculinité devenue toxique ? Quitte à entretenir le doute quant au fait que Bond soit repris par une interprète. Toutefois, s’il semble difficile d’imaginer un tel changement, la logique d’arc narratif mis en place par Casino Royale implique que son personnage soit mis au repos. Dans cette optique, le plan final de Spectre montrant Bond filant au côté de Madeleine au volant de son Aston Martin iconique était une conclusion logique à l’arc de l’ère Craig. Pour la même raison, la mort de Bond qui aurait été suggérée par Craig est cohérente sur le plan narratif, même s’il est improbable que la franchise s’arrête. On peut donc envisager que le matricule et le nom de Bond soient transmis à un autre agent, comme pour M dans Skyfall.

À en croire la page de la bande-originale du film sur Qobuz, Thomas Newman cède la place à Hans Zimmer et le générique sera interprété par Billie Eilish.

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  • 1 month later...

J'ai eu l'occasion d'écouter des extraits de la partition de Zimmer, ainsi que la chanson titre de Billie Eilish. Si le générique m'a séduit, presque plus par les qualités vocales de son interprète, je ne saurais être très enthousiaste quant à ce qui se dévoile sur la bande originale de Zimmer: beaucoup de sonorités électroniques ou d'ambiance sans réel caractère, voir simpliste, saupoudrées de James Bond. Bien sûr, il est impossible d'avoir un avis éclairé sur quelques extraits épars, mais le style de Zimmer étant plutôt éloigné de l'univers sonore de Bond, on ne peut que s'interroger sur le résultat d'un tel mélange. Le titre Gun Barell largement diffusé depuis plus de quatre mois n'ayant rien de très caractéristique, il ne suffira pas à nous faire patienter jusqu'à la sortie nouvellement décalée à octobre.

Une version orchestrale du générique de Billie Eilish:

Et la version de la bande originale:

La composition des bandes originales de Bond est en soi un problème épineux depuis le début de l'ère Brosnan. Car jusqu'alors largement dominée par le style de John Barry qui avait imprimé une identité forte, offrant pour chacun des opus des mélodies mémorables et immédiatement identifiables. En particulier par leur caractère éclectique empruntant au jazz voir à la pop et en incluant des instruments exotiques. Ses successeurs auront beaucoup de mal à se réapproprier l'identité mélodique de la saga, se cantonnant à travailler des ambiances d'accompagnement plus où moins générique. Bien sûr Arnold ou Newman ne viennent pas les mains vides et auront toujours au moins une proposition originale, dont voici quelques extraits choisis:

Extrait de From Russia with Love par John Barry:

Extrait de Tomorrow Never Dies par David Arnold:

Extrait de Spectre par Thomas Newman:

L'ère Brosnan/Arnold aura tout de même connu sont lot d'expérimentations qui sonnent aujourd'hui assez lourdingues:

 

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  • 6 months later...

En marge de mon marathon bondien (duquel j'ai exclus la parodie de Casino Royale parce que j'ai aussi mes limites), je me suis penché sur les séquences du barillet. J'étais en effet interloqué de noter que sous l'ère Connery, on y voyait une doublure jusqu'à Thunderball.

 

L'admiration que je vouais enfant à Roger Moore m'avait aussi empêché de voir que sa séquence barillet était franchement gauche (la comparaison avec Connery ou Brosnan n'est vraiment pas flatteuse).

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  • 2 weeks later...
Le 28/07/2021 à 13:28, Don_Angelo a dit :

duquel j'ai exclus la parodie de Casino Royale

Tu lui trouves quoi de mal à cet épisode ? ... moi c'est plutôt Quantum of Solace que je trouve bien moins à la hauteur que beaucoup d'autres...

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il y a 41 minutes, Ben Kenobi a dit :

Tu lui trouves quoi de mal à cet épisode ? ... moi c'est plutôt Quantum of Solace que je trouve bien moins à la hauteur que beaucoup d'autres...

Disons que cet humour parodique n'est pas ma tasse de thé, et qu'il n'a pas très bien vieilli (1967 il me semble ?). Je devine à la question que tu pensais que j'évoquais le premier volet de l'ère Craig ?

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Il y a 4 heures, Dude76 a dit :

moi en tout cas j'avais pensé que tu parlais du 1er de l'ère Craig :desole:

Aha, dans tout le fil je parlais bien du premier Bond de Craig. Mis à part dans cette phrase: marathon bondien (duquel j'ai exclus la parodie de Casino Royale. 

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  • 3 weeks later...
  • 3 weeks later...

La bande originale de No Time to Die, à paraître officiellement le 1er octobre a fuité en début de semaine. Un gros effort m'a été nécessaire pour me plonger dedans sans a priori, et en première écoute j'en conserve le souvenir d'une partition très disparate. Le caractère tantôt mélancolique, tantôt très sombre prend aux oreilles et semble omniprésent. Il s'y développe en effet une certaine menace méphitique et presque sans contour qui, si elle décrit certainement l'antagoniste de Bond, lui donne une importance jusque là inédite. C'est certainement la réussite inattendue de cette bande originale, même si la mélancolie en question s'exprime dans des mélodies sans réels contours ou caractère. Exemple flagrant: les sept minutes dans lesquelles s'embourbe la piste Final Ascent et qui ne se distingue que par la citation de la chanson titre. 
Fidèle à lui-même Zimmer s'autocite à foison et l'on a l'impression de passer de Bond à Inception ou plus fréquemment de Bond à Dark Knight (une section ressemble même à s'y méprendre à Pirates of the Caribeans). Si l'on fait exception du thème de Monty Norman, ces autocitations sont plus fréquentes que les thèmes de la franchise James Bond qui s'avèrent placées ça et là, non sans une certaine maladresse parfois. Il y a même une citation appuyée d'une bande-annonce d'un précédent Bond de Daniel Craig. Si on ne peut nier que Zimmer a un talent certain pour le sound design et l'underscoring, les ambiances électros sont d'un glauque assez réussi, les imitations de ses prédécesseurs s'avèrent plutôt maladroites. À titre personnel, le post-traitement très agressif appliqué aux cuivres dans certains passages pour mieux s'intégrer à ces ambiances m'a franchement gêné. J'ai trouvé par ailleurs que l'accent mis sur les séquences d'action s'est avéré fatigant à l'écoute.

Cette bande originale est difficile à écouter seule et s'il y a fort à parier que son intégration à l'image fonctionnera bien, elle ne livre aucun thème mémorable qu'il soit neuf ou ancien et n'a pas la consistance requise pour subsister en dehors du film. Par ailleurs, celle-ci souffre du travers actuel des franchises vieillissantes consistant à saupoudrer de nostalogie un amas qui serait sans cela bien terne.

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La plateforme de streaming Salto a mis à disposition l'intégralité de la franchise ainsi que les deux épisodes hors canon EON:

  • Never Say Never again, le remake semi-officiel de Thunderball dans lequel revenait Sean Connery et alors même que Roger Moore incarnait James Bond.
  • Casino Royal, la première adaptation cinéma du roman de même nom qui était une parodie.
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